
Qui croirait, à y voir aujourd'hui les voitures régner sans partage, que les quais de Quimper étaient il n 'y a pas si longtemps le domaine réservé d'un actif petit monde de marins et de charretiers, de marchands et de débardeurs ? Pourtant, à Quimper, naviguaient autrefois "des trois-mâts bretons", à l'image du Corentin lougre de l'Odet.
Dans les années 30 encore, goélettes et dundees de charge perpétuaient la riche tradition du transport maritime, sans laquelle assurément le chef-Iieu du Finistère ne serait pas devenu la cité rayonnante que l'on connaît aujourd'hui.
Une tradition qui venait de loin, d'aussi loin que Quimper quand, cité romaine, on l'appelait Aquilonia.
Le trafic marchand a connu son apogée au siècle dernier. Un bateau est resté attaché à cette époque : le lougre de cabotage qui transportait dans ses cales le charbon, le bois, les barriques de vin et l'argile des poteries.
Avec le retour à une navigation moins belliqueuse, ces navires ont évolué. Leurs flancs se sont arrondis, leurs lignes d'eau se sont épaissies, leurs cales se sont agrandies, leurs quilles se sont raccourcies. Moins rapides, moins racés, moins agressifs, mais toujours marins et plus volumineux, ils demeuraient tout aussi performants dans cette exploitation désormais pacifique de petits caboteurs aussi à l'aise au large qu'au fond des estuaires. Ces héritiers des "trois-mâts fous", mâtinés de chasse-marée, ont fait de l'Odet l'une de leurs rivières d'habitude, à l'âge d'or du trafic marchand quimpérois.
Quel crève-coeur que ce pont de Poulguinan qui condamne le voilier à évoluer entre Bénodet et le Corniguel, sans pouvoir remonter jusqu'aux quais qui l'ont vu naître !
Caractéristiques du «Corentin»
Longueur hors-tout : 32 mètres; longueur de coque : 18 mètres; largeur : 5 mètres; tirant d'eau : 2,10 mètres; déplacement : 75 tonnes; surface de voilure : 250 m2.