Saint-Suliac : "Maria", la chippe lançonnière de la Rance
Saint-Suliac, le seul village de l’estuaire de la Rance à s’être tourné vers la mer, a développé une double tradition de grande pêche à bord des Terre-Neuvas malouins et de petite pêche d’estuaire au lançon. Un bateau particulier à ce petit port s’est logiquement adapté à cette activité qui ne se pratiquait qu’ici : la chippe.
Cet élégant canot à cul pointu, aux fines entrées d'eau, aux lignes arrières pincées et au faible tirant d'eau, est typique des embarcations voile-aviron de golfe et d'estuaire. Sans doute doit-il son nom original aux ancêtres nordiques des Suliacais : les vestiges d'un camp viking attestent de la présence ici des envahisseurs normands, voici mille ans.
Dans cette région, les Suliacais sont les seuls à pratiquer cette pêche au lançon. Ce petit poisson, dont la taille n'excède pas 20 cm, est destiné à servir d'appât pour les ligneurs de Cancale surtout, mais les gens d'ici l'utilisent également pour leur propre consommation. Pour boëter efficacement les hameçons, le petit poisson doit être utilisé vivant. Aussi les lançonniers ont-ils toujours opéré avec la plus grande délicatesse, autant dans leurs opérations de pêche que de transport.
Sur les bancs de sable
Les chippes travaillaient sur les bancs de sable de l'estuaire, où ils déployaient en larges boucles leurs longs filets au maillage extrêmement fin (quelques millimètres seulement). Les bancs de poissons se trouvaient ainsi piégés dans la "senne". Les pêcheurs puisaient alors précautionneusement leur prise à la pelle et la chargeaient dans les "bourriches", ces grands paniers d'osier qu'ils traînaient derrière eux à leur retour et qui tenaient lieu de viviers.
A la belle saison
Cette pêche, qui se pratique au moment du frai, à la belle saison, permettait naguère aux Terre-Neuvas retraités d'atteindre un temps de navigation suffisant pour leur valoir leur pension. Les tout jeunes mousses Suliacais naviguaient aussi à bord de ces chippes, et y acquéraient leurs premières expériences de marin.
- La flottille des lançonniers n'a jamais été importante : on a décompté jusqu'à huit chippes au début du siècle. Aujourd'hui, un seul bateau, celui de Jean Caousse, suffit à produire le petit poisson pour les besoins des ligneurs et des amateurs de friture.
Un bateau moderne, motorisé bien sûr, et dont le fonctionnement de senne a été mécanisé.
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Pratique
Caractéristiques de la chippe "Maria"
- "Maria" : reconstitution de la chippe SM 3891, construite en 1910 par le chantier Lemarchand, pour le patron Joseph Moncany.
Longueur : 5,40 mètres; largeur : 1,99 mètre; tirant d’eau : 0,45 mètre; surface de voilure : 14,80 mètres; budget : 150000F.







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